[Revue de presse - Pic Vert] Construire et habiter dans certaineszones malgré le bruit ?
Cette tribune libre est parue dans le magazine Pic Vert no 154 - Septembre 2026
Depuis le 1er avril 2026, la révision partielle de la Loi sur la protection de l’environnement (LPE) et celle de l’Ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB) sont entrées en vigueur.
Si le but est de faciliter le développement de l’urbanisation vers l’intérieur du milieu bâti, la nouvelle base légale permettra, à certaines conditions, des réalisations immobilières dans des zones jusqu’ici inconstructibles en raison d’un bruit excessif. Il suffira, entre autres, que les valeurs limites de bruit soient respectées ou que des mesures de protection soient prévues.
Dépassement des valeurs limites dorénavant autorisé
Si les valeurs limites de bruit sont dépassées, les communes pourront autoriser des constructions à condition qu’une ventilation contrôlée des pièces d’habitation soit prévue, alors que la loi cantonale sur l’énergie interdit les systèmes de refroidissement.
L’article 22, alinéa 3, de la LPE autorise même des dérogations concernant le bruit aérien dans des secteurs où les valeurs limites sont dépassées, pour des « grands lotissements », sans toutefois définir cette notion. L’article 31, alinéa 2, précise les conditions mentionnées à l’article 22.
Qualité de vie et santé péjorées
L’OPB révisée va à l’encontre des lois cantonales, en particulier de celles relatives à la santé. L’article 4, alinéa 1, précise en effet : « L’État et les communes tiennent compte de la santé dans la définition et la réalisation de leurs tâches et soutiennent l’aménagement de conditions de vie favorables à la santé. »
On peut évidemment construire des logements parfaitement insonorisés, pour autant que l’on n’ouvre pas les fenêtres et que l’on ne se tienne ni sur son balcon ni dans son jardin !
Dans la loi révisée, la notion de « calme à chaque fenêtre » est remplacée par celle de « calme à une seule fenêtre d’une pièce d’habitation ». C’est une très nette régression de la protection contre le bruit subi par les habitants dans les zones concernées, puisque les autres pièces du logement n’ont pas besoin d’être « calmes ».
Vivre dans un « bocal » parfaitement insonorisé ne représente pas forcément une perspective de vie très enviable, n’en déplaise aux promoteurs et à certains politiciens. Cette révision autorise de fait des constructions là où elles étaient jusqu’ici interdites, et à juste titre, à cause du bruit.
Parallèlement à cette « évolution néfaste » de la protection des habitants contre les nuisances sonores, celles provenant des avions sont de loin les plus gênantes. L’aéroport, qui est l’infrastructure générant le plus de bruit diurne et nocturne dans le canton, 365 jours par an, sera protégé contre une réduction de ses émissions sonores, puisque ses horaires vont être figés par la révision de la Loi sur l’aviation.
Autrement dit, on autorise des habitations dans des zones où les normes de bruit sont dépassées, sans obliger l’infrastructure qui émet le plus de bruit à assainir sa situation.
Ainsi va la politique lorsqu’elle fait preuve de myopie et privilégie une certaine économie au détriment de l’environnement et de la santé…
Jean-François Bouvier
Président de l’Association des intérêts de Vernier Village (AIVV)




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